Tout ce passé me revient... Enfance, famille, amis... Et je me demande ce que je fais là... Seule une partie de ces gens me donnent encore l'envie de rester et de dissiper ce qui avant faisait de moi un enfant. Bien que je sache que cette partie de moi restera toujours présente, je ne suis pas sans ignorer qu'il me faut avancer pour ne pas reculer dans ce bas monde fait d'adultes... Adulte que je ne veux pas devenir...
Tous ces souvenirs, s'ils ne sont pas racontés, resteront là, au fond de moi et feront de moi un éternel enfant essayant tant bien que mal de se faire passer pour un adulte. Si il est vrai que mes parents se trouveraient bien fier de moi si il me voyait me démener afin de m'assurer un avenir confortable, il n'en est pas moins vrai que je ne voit aucun intérêt de grandir si c'est pour oublier le passé et être esclave à jamais de cette vie de grande personne. Comment travailler et avoir envie de grandir sans se réjouir de tout ce qui nous rendait heureux quand nous étions gosses ? Pourquoi devoir suivre ces règles qu'on a pas demander de nous dicter. Est-ce cela la vie ? J'hésite à m'y résoudre, et pourtant il le faut. Il me reste alors à vivre comme tout le monde et juste penser que ce seront mon passé et mes proches qui me feront conserver ce semblant de joie de vivre. C'est tout ce qui compte pour moi à présent ; garder ma famille, quelques amis et faire des projets avec ces derniers et la personne que j'aimerai et désirerai. Faire en sorte que personne ne remarque jamais que j'ai encore un pied en arrière et que tout le monde croit que je suis devenu une grande personne raisonnable et décidée à travailler pour vivre. J'ai la sensation étrange d'être le seul à ressentir ce que je qualifierais de nostalgie profonde et j'ai pourtant le sentiment que tout un chacun devrait être comme ce que je suis. Comme un secret de tristesse que chacun garderait au fond de soi sans jamais en faire état ; comme si tout le monde s'observait en se disant que tout ces gens autour de soi doivent certainement être ou avoir été très proche de ce sentiment et qu'ils l'enfuient au fond de leur âme tout en sachant que tout le monde est au courant.
Et c'est ainsi que toute trace de ce petit monde que l'on m'a offert est restée et restera enfuie au fond de moi. Et je suis ainsi certain que lorsque j'aurai parcouru un bout de chemin et serai au commencement de la fin, je pourrai encore me réjouir de ce qui faisait de moi un enfant et de ce qui n'aura jamais fait de moi un adulte véritable. Je ne veux pas être comme toutes ces personnes qui, arrivant à un certain âge, se souviennent enfin une dernière fois de ce qu'ils ont vécu septante années auparavant. Comme si le monde oubliait son enfance le temps de grandir encore et de s'assagir. Comme si il se reposait d'être un enfant avant de le redevenir plus tard et de recommencer à rêver. Ma mission sera donc bien longue et durera quelques dizaines d'années sans aucun doute. Tenter de rester un enfant pendant que les autres oublient qu'ils en ont été un et ignorent qu'ils le seront à nouveau plus tard. Mais je m'y emploierai, jours après jours, semaines après semaines, années après années ; afin d'être certain, plus tard, de pourvoir affirmer avoir eu la plus belle vie que tous le monde aurait rêvé d'avoir et que personne n'aurait jamais eu... C'est cela, mon rêve d'enfance...
samedi 11 février 2006, 00h12